Par
Konrad Yakabuski
L'actualité
1 novembre 1996
Lorsque les gens rencontrent Louise Harel
pour la première fois, ils sont généralement
surpris de sa petite taille. «Mon Dieu, on ne
vous voyait pas comme ça, me dit-on. Les gens
m'imaginent très grande, quasiment avec une
poêle à frire dans les mains!»
Contestataire et opiniâtre, Louise Harel s'est
fait connaître au Parti québécois,
dès les années 70, comme une radicale
qui faisait la vie dure au chef, René Lévesque.
De ses croisades contre l'étapisme aux premiers
congrès péquistes à sa désobéissance
lors de certains votes à l'Assemblée
nationale, elle a été de toutes les batailles
entre René Lévesque et l'aile gauche,
dite orthodoxe, du parti. Plus tard, lorsque d'aucuns
cultivaient en coulisse leur hargne à l'endroit
de Pierre Marc Johnson, le successeur de Lévesque,
elle a fait partie de la troïka de députés
qui déclenchèrent le putsch en critiquant
leur chef publiquement.
Après le retour de Jacques Parizeau en 1988,
elle a réservé ses flèches au
gouvernement Bourassa, le fustigeant pour sa politique
de contrôle de l'aide sociale et ses inspecteurs,
les «boubous macoutes». Les libéraux
la trouvaient démagogue alors qu'elle les mettait
dans l'embarras avec ses plaidoyers pour le plein emploi
au moment de la flambée du taux de chômage,
au début des années 90. Ses adversaires,
tant à l'intérieur du Parti québécois
qu'à l'extérieur, ont appris il y a longtemps à ne
pas la sous-estimer. Malgré sa voix de velours
modulée par le calme, la compassion et la raison,
ils savent qu'ils ont affaire à une adversaire
redoutable.
«L'image d'une main de fer dans un gant de velours
lui va parfaitement», dit Jean-Marc Léger.
Les sondages de sa firme, Léger et Léger,
montrent que Louise Harel a la cote, surtout auprès
des moins de 45 ans. Un sondage effectué à la
veille du référendum la plaçait
au quatrième rang des ministres les plus populaires
(36% des personnes interrogées, toutes allégeances
politiques confondues, avaient une bonne opinion d'elle),
derrière Pauline Marois (50%), Bernard Landry
(46%) et Guy Chevrette (43%). «Elle a réussi,
poursuit Jean-Marc Léger, parce qu'elle présente
une double image: celle d'une personne qui sait où elle
va, donc radicale, et, en même temps, qui a une
approche très féminine, très humaine.»
C'est sa popularité auprès du public
et des militants, dit-on dans les officines péquistes,
qui lui a valu sa situation clé au sein du gouvernement
Bouchard: ministre d'État de l'Emploi et de
la Solidarité, ministre de la Sécurité du
revenu, ministre responsable de la Condition féminine,
de la Jeunesse, de la Famille et de l'Action communautaire
autonome! D'abord sceptique, Lucien Bouchard aurait
vite appris qu'il ne l'écarterait qu'à ses
risques et périls. «Lysiane Gagnon [chroniqueur à La
Presse] a écrit que l'élève a
dépassé le maître», dit l'ex-député péquiste
Michel Bourdon, qui fut le mentor et, pendant neuf
ans, jusqu'en 1982, le mari de Louise Harel. «Elle
avait raison. C'est une femme remarquable.»
La popularité de Louise Harel, selon Jean-Marc
Léger, tient avant tout à ce style qu'on
voit rarement chez les politiciens, d'habitude plus
portés à l'empoignade qu'à l'embrassade.
Mais que l'on ne s'y trompe pas: Louise Harel est plus
militante que mère Teresa.
C'est Harel la militante qui s'est présentée
au micro, au conseil national du parti, en février
dernier, pour mettre en garde le puissant ministre
d'État de l'Économie et des Finances,
Bernard Landry. Avec le fiscaliste Yvon Cyrenne, il
venait de faire une présentation sur la fiscalité digne,
selon plusieurs militants, du Conseil du patronat. «Les
paradis fiscaux que j'ai vus étaient des enfers
pour les citoyens», a-t-elle dit. Des applaudissements
ont fusé. Harel 1, Landry 0.
Des scènes semblables, Louise Harel en a vécu
bien d'autres au fil des ans. Indiscipline et militantisme
se marient en effet bien mal avec responsabilités
ministérielles. Nul ne le sait mieux qu'elle:
en 1984, à peine 63 jours après y être
entrée, elle claqua la porte du Conseil des
ministres - mais garda son siège de député -
pour exprimer sa dissidence relativement à la
nouvelle orientation que René Lévesque
avait décidé de prendre, celle du «beau
risque» d'une réforme du fédéralisme. «La
règle de la solidarité ministérielle
impose en pratique le silence aux militants qui font
partie du Conseil des ministres, disait-elle à l'époque.
J'ai choisi de parler.»
L'histoire est-elle en train de se répéter?
Louise Harel en mène large au Parti québécois.
En janvier, aucune femme n'aura siégé plus
longtemps qu'elle à l'Assemblée nationale:
député d'Hochelaga-Maisonneuve, elle
a été élue quatre fois depuis
1981, devançant même, en 1994, son adversaire
libéral par 9400 voix. À l'exception
peut-être de Lise Bacon, jamais une femme n'a
cumulé autant de fonctions à Québec.
Ministre d'État (un des trois «superministres» du
gouvernement Bouchard), elle voit passer les dossiers
les plus chauds. Aucun doute, Louise Harel vit le point
culminant de sa carrière politique. Mais savoure-t-elle
l'expérience?
Elle hérite de toutes ces responsabilités
au moment où les fondements mêmes de la
mission sociale de l'État sont minés
par la crise fiscale. Alors que le «déficit
zéro» est devenu le credo du gouvernement,
elle doit remplir les commandes de ses collègues
des Finances et du Conseil du Trésor tout en
ne perdant pas de vue ses projets.
Le conflit met ses convictions à rude épreuve.
Elle qui a tant dénoncé les «boubous
macoutes» doit maintenant manier elle-même
le bistouri et resserrer davantage les contrôles
de l'aide sociale. Ainsi, sa première décision
après avoir succédé à Jeanne
burn, en janvier, a été de serrer la
vis aux jeunes prestataires, les obligeant à faire
la preuve qu'ils ont tout essayé avant de faire
appel à l'État. Le 1er avril, elle a
réduit de plus de 100 millions de dollars les
primes des assistés sociaux inscrits aux programmes
d'employabilité. En juin - après, dit-on,
avoir longuement protesté au Conseil des ministres
-, elle a sabré dans l'allocation-logement de
90 000 familles prestataires de l'aide sociale. Par
ailleurs, la grande réforme qu'elle promet est
sans cesse retardée: la ministre aurait, dit-on,
refusé trois versions du livre blanc préparées
par ses fonctionnaires, les jugeant trop dures.
Responsable de la Condition féminine, elle
a dû diluer son projet sur l'équité salariale
qui aurait obligé même les petites et
moyennes entreprises à éliminer l'écart
de rémunération entre hommes et femmes.
Pis, elle a dû rappeler le ministre Bernard Landry à l'ordre:
devant les estimations du ministère de l'Industrie
voulant que la loi coûte 2,5 milliards aux entreprises,
il a promis des «bonifications» pour que
la loi «soit le plus souple possible».
Louise Harel lui a rappelé que, «pour
l'instant, c'est [elle] la responsable du dossier»!
Ceux que plusieurs journalistes désignent comme
les chefs des deux ailes du Parti québécois,
la droite et la gauche, peuvent-ils cohabiter encore
longtemps au sein du gouvernement? Une rupture s'annonce-t-elle?
Et, si c'est le cas, qui en sortira vainqueur?
«Pour quelqu'un comme Louise, ce n'est pas tellement
ce gouvernement qui ne doit pas être très
agréable, mais plutôt cette période
que nous vivons, dit Landry. Quand on est en contraction
et en compression, c'est sûrement pénible
pour quelqu'un du calibre de Louise. Mais cela, tous
les sociaux-démocrates du monde le vivent actuellement.» Et
si, ajoute-t-il, «tout le monde au Conseil des
ministres souffre» de la conjoncture budgétaire
actuelle, «il y en a qui sont plus sensibles
que d'autres et, donc, qui souffrent plus que d'autres.
Et ça doit être le cas d'Harel».
«Ce n'est pas la réduction de la taille
de l'État qui me met mal à l'aise, dit-elle.
J'admets qu'il faut gouverner autrement.» Mais
il ne faut pas perdre de vue, dit-elle, que cela n'implique
pas de lui enlever sa mission de veiller à ce
qu'il y ait plus de justice sociale. «À gauche
il y a plus de justice et moins de liberté, à droite
il y a plus de liberté mais moins de justice.
C'est un jeu d'équilibre.» M. Landry est
d'accord: «La dialectique politique requiert
la présence de gens qui sont la conscience morale
des partis et des gouvernements. Harel fait partie
de ce lot.»
La militante sociale-démocrate a-t-elle l'impression
de se battre au Conseil des ministres pour protéger
l'équilibre? «Tout le temps!»
Rien ne destinait Louise Harel aux rôles de
championne des laissés-pourcompte et de militante
souverainiste. Deuxième des cinq enfants de
Roger et Mignonne Harel, elle a vécu une enfance «extrêmement
sage» dans la maison familiale, à Sainte-Thérèse,
au nord de Montréal. Son père était
enseignant et sa mère, coiffeuse. Si son père
détestait «la politique politicienne»,
il a transmis à sa fille aînée
sa connaissance profonde de l'histoire, de la Conquête
- «événement longtemps occulté à l'époque» - à la «Grande
Noirceur», qui tirait alors à sa fin.
À 12 ans, Louise Harel avait déjà son
héros, André Laurendeau. À l'âge
où la plupart des filles se pâment pour
des stars du cinéma, elle réservait son
scrapbook aux écrits de celui qui a été directeur
de L'Action nationale puis rédacteur en chef
du Devoir. Son frère aîné, Pierre
- eh oui! le Pierre Harel qui allait fonder les groupes
rock Offenbach et Corbeau -, lui refilait le pamphlet
Parti pris, qu'elle lisait «en cachette»,
tout comme Le Cassé, le roman d'époque
de Jacques Renaud. «Pierre a été indépendantiste à 10
ans, confie-t-elle. C'était incroyable! Il ne
pouvait pas supporter le drapeau du Canada. Il était
un peu délinquant. Mon père était
vraiment très, très scandalisé.»
Son engagement social, Louise Harel l'a développé au
sein de la Jeunesse étudiante catholique, au
Séminaire de Sainte-Thérèse. Elle
se souvient d'avoir fait sienne, dans les années
60, la lutte des travailleurs des Moulins Ayers à Lachute,
qui se battaient contre «des conditions de travail à la
Zola».
En 1965, elle entrait à l'Université de
Montréal, où elle a d'abord étudié en
sociologie. C'est là qu'elle fait ses premières
armes en politique, d'abord au Rassemblement pour l'indépendance
nationale (le RIN), puis à l'Union générale
des étudiants du Québec, dont elle devient
vice-présidente en 1968. C'est l'époque
où les associations étudiantes tombent
de plus en plus sous l'influence du marxisme et prônent
rien de moins que le renversement de l'ordre établi.
En 1970, Louise Harel s'inscrit au Parti québécois. «C'était
un choix qui n'était pas simple. Dans le milieu étudiant,
c'était très mal vu d'être péquiste,
c'était très petit-bourgeois. Mais je
suis très contente de l'avoir fait parce qu'ainsi
je me mettais, inconsciemment, à l'abri des
tendances gauchistes.»
René Lévesque se méfiait des
anciens du RIN qui se retrouvèrent au Parti
québécois après que leur formation
se fut sabordée en 1968. Il les trouvait trop
radicaux. Louise Harel «symbolisait tout ce que
Lévesque détestait et craignait le plus
dans l'aile gauche du parti», écrivait,
en 1984, le journaliste Graham Fraser dans son livre
Le Parti québécois. René Lévesque
exécrait Louise Harel pour le vent d'indiscipline
qu'elle insufflait aux congrès péquistes.
Elle a d'ailleurs vite été dans son collimateur! À peine
arrivée à la permanence du Parti québécois
en août 1970 comme responsable de la documentation,
elle fonde le premier syndicat des employés
du parti et en devient la présidente! Lévesque
riposte en mettant dehors le comité de négociation
au complet. Harel passe alors au Conseil du développement
social du Montréal métropolitain, puis
au Centre des services sociaux de Montréal,
où sa formation en droit (entreprise après
la sociologie et terminée en 1977) la sert pour
défendre les causes des femmes et des démunis.
Mais Harel n'a pas pour autant abandonné le
Parti québécois: de 1974 à 1979,
elle est présidente de l'association péquiste
de Montréal-Centre. «Les réunions
du conseil national étaient empreintes de sa
dissidence calme et ferme», a écrit Fraser.
En 1978, quand Lévesque met l'accent sur la
souveraineté-association, elle propose, sans
succès, au conseil national de décembre,
une résolution donnant la priorité absolue à l'indépendance. «Ça
se parlait dans la face!» se souvient un militant.
Elle n'a pas réussi à rallier la majorité,
mais sa cote est restée bonne auprès
des membres: quelques mois plus tard, au grand dam
de René Lévesque, les délégués
l'éliront, à 63%, vice-présidente
du parti.
Lévesque, outré, a tout fait pour l'écarter:
jusque-là, la vice-présidence était
un poste à temps plein, rémunéré.
Cela se termina avec l'arrivée de Louise Harel, à qui
on ne fournit même pas de bureau!
«Lévesque n'en voulait absolument pas,
il la trouvait trop à gauche», dit un
de leurs compagnons d'armes qui veut garder l'anonymat. «Et
M. Lévesque avait de grandes qualités,
mais il était un peu misogyne.»
Pourtant, confie Louise Harel, c'est Lévesque
lui-même qui lui a demandé d'être
candidate, aux élections de 1981, dans Maisonneuve
-une circonscription de l'est de Montréal où Robert
Burns était devenu le premier élu du
Parti québécois 11 ans plus tôt.
Les péquistes avaient perdu le siège
lors d'une élection partielle en 1979, quand
Jacques Desmarais, homme de confiance de Lévesque,
avait devancé Michel Bourdon à l'investiture.
Deux ans plus tard, la femme de Bourdon reprendra Maisonneuve
pour le Parti québécois. Louise Harel
se fera alors offrir, par Lévesque, la viceprésidence
de l'Assemblée nationale. Elle refusera, flairant
une manoeuvre pour la bâillonner. «C'était
un poste neutre, dit-elle. Mais moi, je m'étais
toujours considérée comme une militante.»
Si Lévesque croyait que ses fonctions de député l'empêcheraient
de sortir des rangs, il s'est lourdement trompé.
Le député de Maisonneuve continua de
défier son chef. D'abord au congrès de
décembre 1981, où les militants ont rejeté la
souveraineté-association en faveur de l'indépendance:
elle a alors dénoncé publiquement Lévesque,
l'accusant de refuser le verdict des délégués.
(Lévesque réussit à réintroduire
l'association quelques mois plus tard, lors de son
fameux «renérendum»: il donna droit
de vote à tous les membres du parti plutôt
qu'aux seuls délégués.)
Elle le défia ensuite en 1982, lors de l'adoption
des projets de loi 70, 105 et 111. La loi 70 imposait
une réduction de 20%, pendant trois mois, des
salaires des employés du secteur public et la
loi 111 mettait fin à une grève des enseignants.
Louise Harel fut la seule membre du caucus péquiste à s'abstenir
lors des votes à l'Assemblée nationale.
Elle s'opposa alors non seulement à son chef,
mais également au négociateur en chef,
Lucien Bouchard. Elle vota, en première et deuxième
lecture, contre le projet de loi 105 - qui imposait
109 conventions collectives aux 300 000 employés
du secteur public - et ne s'abstint lors du vote final
que parce que Lévesque avait menacé de
l'expulser du caucus. «Il ne me viendrait certainement
pas à l'esprit de quitter le caucus»,
déclara-t-elle alors à un journaliste
de La Presse.
Sa détermination à exprimer sa dissidence
dans le parti plutôt qu'à l'extérieur
est une constante dans sa carrière. Alors que
les Jacques Parizeau, Camille Laurin, Jacques Léonard,
Denise Leblanc-Bantey et autres ont claqué la
porte tant du parti que du Conseil des ministres en
novembre 1984, quand René Lévesque a
décidé de remiser l'indépendance
pour tenter de renouveler le fédéralisme,
Louise Harel, elle, s'est accrochée à son
siège de député. L'explication
se trouve dans sa conception de l'échiquier
politique québécois: «La seule
façon d'apporter du changement, du progrès
social, c'est par une coalition, dit-elle. J'ai toujours
cru que le Parti québécois était
une coalition, et qu'il devait l'être. Une vaste
coalition de gens venant d'horizons différents,
capables de cohabiter.»
En 1969, René Lévesque prévoyait
que, une fois l'objectif de l'indépendance atteint,
le Parti québécois se scinderait en deux:
un parti de droite et un parti de gauche. En attendant,
les deux tendances semblent condamnées à s'endurer.
Si l'aile droite paraît actuellement mener le
jeu sous l'égide du tandem Bouchard-Landry,
Louise Harel ne jette pas l'éponge pour autant. «Elle
peut se battre longtemps. Elle est habituée»,
dit un observateur qui veut garder l'anonymat. «Elle
les a toutes faites, les batailles. Elle les a presque
toutes perdues, mais elle les a faites quand même.»
Rester au caucus et au parti est une chose. Rester
membre du Conseil des ministres en est une autre. Que
fera Mme Harel si, comme on le chuchote en coulisse,
le gouvernement ouvre les conventions collectives pour
réduire les avantages sociaux de ses employés? À la
veille d'inévitables concessions sur le projet
d'équité salariale et de nouvelles compressions
de l'aide sociale, la militante de gauche se lassera-t-elle
des compromis que lui imposent ses collègues
ministres et la réalité du pouvoir?
«J'ai toujours été capable d'avancer,
donc de faire des compromis», tranche-t-elle.
«J'ai perçu chez Harel une très
importante évolution vers le centre»,
dit l'économiste Pierre Fortin, qui a signé des
recommandations pour la réforme de l'aide sociale. «Autrefois,
elle aurait dit "on ne touche pas à l'aide
sociale, sinon pour en mettre plus".»
Qui plus est, Louise Harel «adore» être
ministre! «Il y a du plaisir dans le pouvoir,
le plaisir de pouvoir changer le cours des choses.»
Mais, à la différence de nombre de ses
collègues, pour elle la politique n'est pas
une drogue dont elle ne saurait se passer. Partie en
vacances au Mexique trois semaines l'été dernier,
elle est rentrée, dit-elle, avec «le sentiment
absolu [qu'elle peut] vivre entièrement heureuse
sans la politique». C'est cette certitude, dit-elle,
qui fait sa force. «Je peux rester parce que
je peux partir.»
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